Conservation, restauration de peintures murales et bois polychromes:

Fresques, mezzo fresco, détrempe, huile, sur supports d'enduit, de pierre, de toile, de bois...
Plafonds à la française, décors de boiseries, sculptures monumentales et mobilier liturgique...
Méthodologie de "restauration timide":
-respectueuse de l'oeuvre, sans résines ni produits écotoxiques
-produits naturels et aucune interprétation
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Bonjour chers visiteurs! J'ai créé ce blog afin de partager avec vous mon métier-passion.
Le Patrimoine, l'architecture, les objets qui nous entourent font partie de notre Histoire, que ce soit l'histoire de notre beau pays, ou une petite histoire qui a marqué une région, un village, l'un de nos ancêtres, et nous touche des années après...
Je me consacre coeur et âme à la sauvegarde de ce Patrimoine.
Conserver, restaurer, c'est soigner, préserver...
Et aimer, respecter.


jeudi 24 février 2011

Une petite histoire de la peinture...

Dans les cavernes de l'époque paléolithique, on voit apparaître les premières peintures. Le support est préalablement humidifié afin que les pigments puissent plus facilement imprégner la roche. La palette de couleur est réduite : ocre jaune, ocre rouge (terres naturelles) et charbon de bois (couleur déjà "synthétique" car faisant appel à une manipulation). Ces pigments, très solides, sont encore utilisés de nos jours.
L'application se faisait avec les mains, un bâton, mais aussi avec un pistolet à peinture! (Des morceaux d'os creux et effilés dont l'intérieur était rempli de pigment liquéfié, retrouvés près des décors, laissent penser que l’on s’en servait pour projeter le colorant en soufflant). 
La fresque naît en Mésopotamie vers 1800 av. J.C. après la création des premiers fours à chaux.
Les asiatiques, les grecs et les romains développent la technique, qui consiste à appliquer un pigment pur (principalement des terres) dans l'enduit de chaux encore frais,  créant en séchant  une réaction appelée carbonatation qui emprisonne le pigment, le rendant quasi inaltérable. Les fresques de Pompéï  en prouvent d'ailleurs la pérennité.  
Le moyen âge en Occident va être fortement marqué par cette technique, puis par la technique "mezzo fresco" consistant à réhausser la fresque après séchage de lignes de couleurs mêlées à un lait de chaux, réhauts extrêmement  fragiles car non liés.


Dans l'Egypte ancienne, la découverte des liants, mélangés aux pigments naturels, assure à la peinture une meilleure tenue.
Les premiers liants connus sont le jus de figue et le miel.
Les enduits de support à base d'un mélange de boue, de bouse de vache, de poil d'animal ou de paille hachée et de plâtre étaient ensuite décorés avec cette nouvelle technique. 
Ce sont les prémices de la  tempera, principale technique de peinture d'art utilisée depuis ces temps immémoriaux, puis par les peintres d'icônes byzantines, enfin en Europe durant le Moyen Âge.
De nouveaux pigments apparaissent : rouge de cinabre, bleu outremer, bleu égyptien, rejoints, plus tard, par la céruse et le minium de plomb. Des colorants extraits du règne animal ou végétal comme le carmin de Kermès et le pastel sont également utilisés. 
Les enduits deviennent d'une très grande solidité (mélange de chaux éteinte, de craie et de poussière de marbre). 
Il faut ensuite attendre le plein Moyen Age pour voir apparaître un nouveau liant: le blanc d'œuf. De nombreux artistes du Moyen Age et de la Renaissance ont utilisé ce liant qui a d'excellentes qualités de conservation et n'altère pas la fraîcheur des pigments. Puis la détrempe (tempera), à l'oeuf, à la colle de peau,...  prend le dessus sur la fresque et devient la technique de peinture murale par excellence.


Quand la peinture à l'huile fut découverte en Europe vers la fin du Moyen Âge, la détrempe continua encore à être employée pendant un certain temps en tant que sous-couche recouverte par un décor à l'huile coloré translucide ou transparent. Cette technique transitoire mixte fut suivie par une technique de peinture à l'huile pure, qui remplaça presque totalement la tempera au XVIème siècle.
Les toutes premières peintures à l'huile ont été récemment découvertes (2001) en Afghanistan et dateraient du VIIème siècle, préparée à base d'huile de noix ou de graines de pavot desséchées...
Sous la Renaissance l'huile de lin commence à être utilisée par les peintres de chevalet, car elle est plus facile d'emploi et s'applique sur des supports moins bien préparés. 
C'est dans le bouillonnement social de la Renaissance, que la profession de peintre-décorateur va s'organiser.
Elle présente la particularité d'associer l'aspect artistique à celui plus matériel de l'artisan. 
Le support plâtre devient aussi de plus en plus présent, bien que moins résistant, notamment à l'humidité...


En 1720 Charles Laclef, dont l'entreprise deviendra plus tard la Maison Lefranc, s'installe à Paris et entreprend pour la première fois en Europe la fabrication de peintures. 
On peut considérer cette date comme marquant le passage de la préparation des couleurs par les peintres à leur fabrication par des techniciens chimistes. 
Le pigment blanc est l'oxyde de zinc, le lithopone n'apparaîtra que vers 1850. Le dioxyde de titane vers 1920. Il permet aux peintures blanches d’atteindre de grandes performances de couvrant. 
Le pigment noir principal est le noir de fumée, suivi de l'oxyde de fer noir naturel. 
Existent également des noirs végétaux : noir de vigne, noir de fusain (encore utilisé de nos jours dans le dessin), et des noirs animaux : noirs d'os, noir d'ivoire. 
Les pigments de couleur sont principalement les terres : terre de sienne, terre d'ombre, ocre rouge, ocre jaune ou des pigments synthétiques comme : le bleu de Prusse (bleu milori), le bleu d'outremer, le vermillon de mercure, le violet de manganèse...
Les liants, à cette époque, sont les gommes copal qui sont des substances fossiles, provenant de végétaux disparus de la surface du globe. 

Vers 1850, naissent aux Etats-Unis les premières peintures cellulosiques. 
Cette peinture à séchage rapide, restée sans emploi pendant 50 ans, devient une nécessité au début du XXe siècle avec le développement de l’industrie automobile. 
C'est surtout entre les deux guerres mondiales, avec l'arrivée de la pétrochimie, que l'on constate l'extraordinaire éclosion de matières nouvelles : résines glycérophtaliques, vinyliques, silicones, acryliques, polyuréthanes, époxydiques…. Elles apportent de nouvelles qualités de séchage, de brillant, de résistance… 
Les pigments naturels comme les ocres tendent à disparaître pour être remplacés par des oxydes de fer synthétiques qui présentent l'avantage d'être plus fins et donc d'aider à obtenir plus de finesse dans la  peinture, bien que moins stables...
Dès lors les pigments de couleur sont  quasiment tous synthétiques. 


Avec ces techniques nouvelles, l'art moderne et contemporain marquent une évolution de la peinture, qui est passée d'un rôle traditionnellement historique et documentaire, à celui de concept.


mardi 15 février 2011

Etude préliminaire

Voici quelques clichés d'une étude que je viens de réaliser sur un tabernacle doré et polychrome du XVIIème siècle, pour vous expliquer mon travail en amont d'une conservation-restauration.

Le tabernacle: bronzine sur la façade et détrempe grise sur les côtés.

Essai "in situ" de dégagement chimique de la bronzine. 

Apparaît un décor de faux-marbre vert assez grossier, probablement du XIXème.

Sous le marbre vert peint à l'huile il me semble deviner des traces de décor ocre et ocre rouge, très certainement la polychromie d'origine.
Je décide d'emporter le tabernacle à l'atelier pour approfondir les sondages.

Un sondage mécanique découvre effectivement une détrempe en bon état.

J'effectue un second sondage sur la colonne afin de déterminer l'état de conservation de la détrempe.

Un autre faux-marbre: bien que légèrement écaillée, la polychromie est relativement solide.

Sur la façade, le dégagement laisse apparaître une belle dorure sur une assiette rouge.

Sur la porte, le sondage dévoile la dorure d'origine avec rehauts de détrempe ocre rouge.

La dorure d'origine, en bon état de conservation, apparaît sur les côtés du tabernacle.

Plusieurs petites pièces d'ébénisterie ont disparu, notamment des moulures.

Le protocole de restauration envisagé est un dégagement des repeints et de la bronzine, un nettoyage minutieux intérieur et extérieur du tabernacle, une consolidation et fixation de la polychromie des colonnes et de la dorure du tabernacle, la restitution des petites menuiseries en ébénisterie, puis la retouche picturale et restauration des zones lacunaires de dorure à la feuille et à l'or coquille.

J'espère encore aujourd'hui vous avoir éclairé sur ma démarche et mon métier, à bientôt!

dimanche 30 janvier 2011

Dîner-conférence le 5 février à Loches.

Je serai présente samedi soir prochain chez Isabeau de Touraine à Loches (37) à l'occasion de ses "dîners du savoir" pour vous parler de ma passion pour le patrimoine et de mon métier de restauratrice.


Pour plus de renseignements consultez ce lien:
http://www.isabeaudetouraine.com/sfreitas.htm

mardi 18 janvier 2011

Retour sur le tratteggio

Voici un texte de P.Philippot, professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles:

"La technique de la retouche en hachures, ou tratteggio, a été mise au point à l’Istituto Centrale per il Restauro de Rome dans l’immédiat après guerre, notamment pour répondre au défi que posait alors la restauration des fresques de l’église des Eremitani de Padoue, détachées par les bombardements et tombées sur le sol en milliers de fragments. La collecte attentive de ceux-ci et leur regroupement selon leur point de chute et leur nature avaient permis de reconstituer les fresques détruites de Mantegna et d’autres artistes comme de grands puzzles criblés de lacunes, et la question se posait dès lors de leur présentation la plus adéquate, la plus justifiée du point de vue critique. Laisser le puzzle incomplet signifiait présenter des œuvres si gravement mutilées que leur lecture en était rendue si difficile au spectateur que la valeur artistique des œuvres s’évanouissait pour faire place à la matérialité physique de leur état fragmentaire à peine déchiffrable. D’autre part, leur remise dans un état complet, toujours possible sur base de la documentation photographique conservée, impliquait une intervention si étendue qu’elle confinait nécessairement à une falsification, les fragments originaux se perdant dans l’ensemble dominé par la reconstitution.
En fait, le problème posé par les fresques détruites des Eremitani portait à l’extrême le dilemme que pose en réalité toute retouche au restaurateur : comment concilier le respect de l’œuvre originale – et accessoirement de son histoire – et le souci légitime de lui rendre une lisibilité qui en permette l’appréciation esthétique ? Le problème était d’autant plus clairement perçu que l’Istituto Centrale per il Restaurato avait été créé peu de temps auparavant sur une suggestion de Giulio Carlo Argan pour arracher la restauration à l’empirisme artisanal qui la dominait alors et la fonder sur une approche scientifique des problèmes techniques, à la lumière d’une approche critique des aspects esthétiques et historiques. Le jeune directeur, Cesare Brandi, s’attachait d’ailleurs à élaborer dans ce sens une théorie de la restauration qui prenait particulièrement en compte la nécessité de concilier les exigences historiques de respect du document et les exigences esthétiques de sa présence formelle. Il était donc clair que la retouche, pour être acceptable sur le plan critique, devait satisfaire à deux exigences apparemment contradictoires : d’une part rétablir la possibilité de lecture sans effort qui puisse distraire le spectateur de la pure réception de l’image ; d’autre part faire en sorte que cette intervention ne puisse en aucune manière tromper le spectateur sur sa nature en se faisant passer pour l’œuvre originale, au lieu de se faire connaître pour ce qu’elle était : une intervention actuelle du restaurateur destinée à rétablir, dans la mesure du possible, l’unité primitive de l’image.

C’est d’un ensemble de tentatives diverses imaginées par les restaurateurs pour résoudre ce dilemme qu’est émergé le tratteggio. Conçu comme une technique de retouche en hachures verticales parallèles, il constituait nécessairement une grille qui s’interposait entre l’exécutant et l’image, et restait reconnaissable quels que soient les efforts du restaurateur pour intégrer la lacune. D’autre part, la hachure verticale est d’exécution aisée, et s’oppose à ce que le ductus personnel du restaurateur s’impose à la retouche, en quoi il est une garantie de distanciation et d’objectivité. Mais en même temps, la hachure peut – et doit – être adaptée à la lecture du contexte original : elle sera plus ou moins mince ou large, voire d’une épaisseur variée. Un ton général de base peut être donné par des hachures neutres plus ou moins écartées l’une de l’autre, et les diverses couleurs pourront être obtenues par juxtaposition de tons purs, en s’inspirant des principes du divisionnisme. Quant à la lumière, elle sera obtenue à partir du fond de préparation, le tratteggio s’effectuant à l’aquarelle, afin d’être toujours réversible.

Ces considérations étant acquises, il est évident que la finalité de la retouche est d’intégrer les lacunes dans leur contexte. C’est donc vers cette intégration – la plus poussée possible – que tendra l’intention du restaurateur, afin d’assurer le meilleur rétablissement de l’unité potentielle, c’est-à-dire de l’unité qui peut être déduite sans hypothèse du contexte conservé, et rétablie en vertu de la continuité du rythme formel, qui peut franchir virtuellement des interruptions limitées en fonction de leur localisation, de leur extension et de la nature stylistique de l’œuvre en cause. Le concept d’unité potentielle fournit donc à la fois la justification de la retouche et dicte les limites de sa légitimité.
Il est donc bien évident que le tratteggio ne peut être considéré comme une formule universelle de retouche. Il ne peut entrer en considération que pour des lacunes caractérisées (à la différence de simples usures de la patine ou de la couche picturale superficielle), qui permettent de " jeter le pont " entre deux rives en raison des implications qu’elles contiennent en termes de ligne, de modelé ou de couleur. Mais il sera exclu, comme toute autre forme de retouche d’ailleurs, dès qu’il faut recourir à l’hypothèse ou que l’étendue est simplement trop vaste et imposerait la retouche au détriment, et non plus en faveur, de l’original, dont il s’agit de renforcer la présence. A ce stade, la lacune sera traitée comme lacune, et non intégrée au niveau formel ou figuratif. La situation a justement été comparée à la restitution d’un texte mutilé et à son édition – Les mots, fragments de mots ou lettres manquants peuvent être restitués chaque fois que cette restitution est impliquée par le contexte – par l’unité potentielle du texte restant – et cette possibilité dépendra de la place et de la nature de la lettre ou du mot ou fragment de mot manquant en fonction des suggestions implicites dans le contexte. Mais il est évident que la restitution se fera de façon qui la rendre identifiable comme interprétation critique de l’éditeur : soit en italiques, soit avec note de renvoi explicative. C’est ce rôle qui revient, mutatis mutandis, au tratteggio.
Tout ceci a été dit, et bien dit. S’il a paru utile d’y revenir, c’est que, presque depuis ses origines, le tratteggio a souvent été mal compris. Surtout hors d’Italie, où manquait le fond de culture critique établi par Brandi, qui en assurait la correcte compréhension théorique, mais parfois aussi en Italie même.

Avec quelque recul, on peut distinguer aujourd’hui deux sources à cette incompréhension, deux parcours de l’erreur, qui supposent toujours que le tratteggio est pensé comme une simple technique, indépendamment de la conception critique qui le fonde.
La première est d’ordre technique. Des retouches en tratteggio mal exécutées ont contribué à obscurcir les raisons et la fonction précise du recours à cette technique, et, la copie étant toujours inférieure au modèle, il s’en est suivi un relâchement de l’exécution qui a exposé le principe du tratteggio à des critiques que ne justifiait en fait que la mauvaise exécution, voire l’incompréhension témoignée par l’exécutant.
La seconde, souvent liée à la première d’ailleurs, est d’ordre théorique. Le mauvais tratteggio s’imposant comme tel au lieu d’assurer l’intégration des lacunes traitées, la grille – le moyen – a été prise pour la fin – l’intégration – manquée, et, le principe se renversant, le tratteggio a alors été considéré comme un moyen de rendre la retouche visible – ce qui est évidemment beaucoup plus facile que d’intégrer la lacune à travers le filtre des hachures, mais ne répond pas au problème critique de l’intégration."


Tout est dit sur le tratteggio, compris et incompris.

jeudi 13 janvier 2011

Sites patrimoine...

Vous trouverez ici la liste des sites que je consulte régulièrement, liés au patrimoine, ou à la culture en général.
Cette liste n'est pas exhaustive et je l'enrichirai au fur et à mesure de mes découvertes sur le net.



La peinture murale du XIIème au XVIIème siècles en France et ailleurs:
http://www.impens.com/

Patrimoine en blog:
http://patrimoine.blog.pelerin.info/

La fondation du Patrimoine (pour laquelle je suis consultante bénévole):
http://www.fondation-patrimoine.org/

Documentation UNESCO - ICOMOS:
http://icomosdocumentationcentre.blogspot.com/

Observatoire du patrimoine religieux:
http://www.patrimoine-religieux.fr

Association nationale des villes et pays d'art et d'histoire:
http://www.an-patrimoine.org/

Patrimoine de France:
http://www.patrimoinedefrance.fr

Rencontre avec le patrimoine religieux:

Art et culture espaces menacés:

Centre des monuments nationaux:

L'encyclopédie du patrimoine architectural français:

Philocalie:

Rendez-vous des patrimoines (blog piraté donc nouveau nom):

INMA, institut national des métiers d'art:

Les patrimoines de France:
http://www.montjoye.net/

Tours historique en péril:

Bonnes lectures...

Peinture: 

‎"L'abbé Haugou découvrant les fresques de l'église de Saint-Jacques-des-Guérets"
par Pierre-Marie-Charles de Bengy de Puyvallée
4e quart 19e siècle, musée de Vendôme.



mardi 4 janvier 2011

La femme-Loire...

Je suis bien évidemment contre le projet d'implantation de la "femme-Loire", et avant de vous expliquer pourquoi je vais vous parler de la démarche de l'artiste:

Le sculpteur Michel Audiard projette de construire sur les bords de Loire, sur le site même de l'abbaye de Marmoutier où Saint Martin a installé son ermitage, une statue monumentale de 40 mètres de long par 17 de haut représentant une femme nue alanguie.

Cette statue devrait être visible de l'autoroute (belle publicité...).
Sous ses immense jambes pliées le sculpteur souhaite "intégrer" un espace pour les visiteurs afin de voir spectacles, conférences et expositions surtout dédiées à l'artiste, provocant la colère des artistes tourangeaux.
La structure de la femme-Loire serait en papier mâché, plâtre et chaux , carton sur ossature bois .
La commune de Tours aurait déjà cédé gracieusement le terrain à monsieur Audiard, sans consulter préalablement ses citoyens, notamment les futurs "voisins" du projet de près de 20 mètres...
Photo-montage

La réalisation se disait financée par l'artiste lui-même mais il parle beaucoup dernièrement de ses mécènes...
Et ses réactions face aux opposants de la réalisation sur le site sont d'une extrême virulence, à la limite de la calomnie... J'ai du mal à croire en l'honnêteté du projet... Sans parler de l'image que l'artiste se fait de la femme: nue et offerte, l'entrée prévue selon ses dires par le vagin! (cf.radioRTL)
On ne peut pas tout se permettre au nom de l'art: on ne peut accepter de dénaturer un site et sa valeur patrimoniale juste pour complaire à un artiste.


Voici les raisons légitimes qui font que ce projet ne doit pas aboutir:

En premier lieu, ce site classé en partie est de grande valeur historique pour la Touraine depuis qu'au IVème siècle Saint Martin, grande figure de la région et symbole de fraternité universelle, y a installé son ermitage.
Plus tard la fondation l'abbaye de Marmoutier a contribué à l'enrichissement de ce site, patrimoine ligérien classé à l'UNESCO.
Ce lieu appartient donc au domaine culturel, historique et spirituel des tourangeaux, qui sont une très grande majorité à être contre l'implantation de cette sculpture monumentale.
Il serait irrespectueux de ne pas prendre en compte l'avis de la population qui est consciente des problèmes esthétique, éthique, culturel et spirituel soulevés par ce projet!


D'autre part, le site est un coteau, lié au classement du Val de Loire à l'UNESCO, qui est de par sa nature (tuffeau) fragile comme le prouvent les nombreux éboulements qui ont eu lieu. Sur le coteau au premier niveau se situe l'Abbaye, dessous il y a des habitations et une école (maternelle-primaire), et autour de la statue géante doivent être créés des accès pour recevoir les visiteurs: bâtiments, parkings, etc.
Les risques d'incidents géologiques ne sont donc pas des moindres, et un réel problème de sécurité est à envisager.
De plus les enfants de l'école auront cette nudité sous les yeux quotidiennement vu que les arbres (hauts à cet endroit de 9m à 13m et très éparts) ne la masqueront pas, surtout l'hiver... Vous pouvez le constater sur les photos ci-dessus.
Et une autre des raisons pour lesquelles ce lieu a été choisi: cette sculpture serait visible de l'autoroute A10, alors qu'un projet de déviation pour désengorger Tours est à ce jour en cours de mise en place... L'autoroute rejoindrait Tours-sud par l'est après la sortie Amboise - Château-Renault. D'ailleurs un opposant au projet s'est rendu sur place pour faire des clichés qui montrent que la statue ne sera visible que durant une dizaine de secondes d'un côté uniquement...

Enfin, en plus des aspects géologique, éthique et patrimonial, l'aspect symbolique de cette femme-Loire est plus que discutable pour la région Touraine qui est l'emblème de "l'art de vivre à la française" comme le disent tous les étrangers. On nous impose ce "nu offert" comme marqueur identitaire de notre région! (cf. M. Audiard)
Cette expression misogyne, "bling-bling" et suffisante, voire décadente, de la féminité va choquer j'en suis certaine les millions de touristes qui viendront en notre beau Val de Loire et qui en repartiront avec cette anecdote affligeante: "les jardins de la France sont devenus le bois de Boulogne: la culture française se prostitue!"...

Lien du site du collectif contre l'implantation du projet à Marmoutier:
http://www.femmeloire-marmoutier.com/

Lien pour signer la pétition contre le projet:
http://www.mesopinions.com/Pour-que-la-Femme-Loire-soit-implantee-ailleurs-qu-a-Marmoutier-petition-petitions-b796e95ac22edc1c259cc416ab077376.html

Lien du film de M.Audiard qui montre bien que la statue dépassera de la cime des arbres, contrairement à ce qui est dit aux médias:
http://www.audiard.com/video/femme_loire.html

Lien vers le blog de la femme Loire: (les commentaires sont fermés...)
http://femmeloire.blogspot.com/

samedi 1 janvier 2011

2011!

Bonne et heureuse année à vous tous, passionnés, engagés, curieux,
qui aimez votre patrimoine!


Que cette année soit bénéfique à tous les sites en péril,
que tous les projets de sauvegarde et de restauration aboutissent,
que l'envie de préserver notre patrimoine se généralise,
et que vivent nos monuments encore de longues années!


mercredi 15 décembre 2010

Joyeuses fêtes de Noël!!!

Amis passionnés, passez de très belles fêtes de fin d'année, et gardez une pensée pour tous les monuments qui sont en sursis, priez pour leur sauvegarde en ce temps de Noël.
Ne perdez pas non plus espoir vous qui vous battez pour votre patrimoine, les miracles existent...



Patrimoines en péril je vous souhaite de survivre à l'année 2010,
et que 2011 vous soit salutaire!


Eglises Saint Jacques d'Abbeville, d'Arenc à Marseille, de Canens, St Leu et St Germain d'Amiens, ...
Châteaux d'Hombourg-Budange, d'Ancenis, de Guermanges, de Jaillon, ...
Prieurés de Relay et de Saint Orens, pont Colbert de Dieppe, abbaye St Michel de Bois-Aubry, ...
Une infime partie des monuments menacés énumérés ici...

Profitons de cette période de joie et d'espoir pour multiplier les communications en premier lieu, mais aussi les actions, comme à Abbeville:

Vendredi 17 décembre 2010 à partir de 17h les habitants du quartier Saint Jacques organisent une chaîne de solidarité autour de leur église (voir blog Saint Jacques l'oubliée) et vous convient à les rejoindre.

Cette initiative est ouverte à toutes les personnes qui soutiennent l'église et le patrimoine en général. Venez nombreux!

Et jusqu'au 25 décembre, il sera possible de déposer une bougie près du sapin déposé devant l'église.


Quelques liens à communiquer autour de vous:







dimanche 5 décembre 2010

Val de Loire Patrimoine Mondial de l'UNESCO, le résumé.

Cette journée du 4 décembre fêtait les 10 ans d'inscription du Val de Loire au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, dans la froideur de ce début d'hiver.
Le Val de Loire compte un très grand nombre de monuments historiques, de Sully-sur-Loire au château des ducs de Bretagne à Nantes, témoignages universels de "l'art de vivre à la française".

C'est pourquoi l'ensemble de ce patrimoine doit être préservé, restauré et mis en valeur, ainsi que ce que je nomme le "petit patrimoine", sans protection juridique particulière, car il contribue également à la beauté de ce site d'exception: manoirs, hôtels -particuliers, logis, moulins, troglodytes, chapelles, lavoirs, puits, peintures murales, cheminées ou sculptures polychromes, mobilier...
J'étais présente hier pour faire passer ce message.
Peu de visiteurs ont fait le déplacement, la journée ne fut donc pas très riche en échanges...
Mais le peu de conversations que j'ai eues aura j'espère aidé mes interlocuteurs.
Je pense tout spécialement à ce monsieur, passionné par le moulin qu'il restaure depuis des années, et très sensible aux informations que j'ai pu lui fournir, à ces gens qui voulaient restaurer leur vieille maison dans le respect des techniques traditionnelles et qui cherchaient désespérément un fournisseur de pigments naturels en Touraine, à ce peintre amateur qui avait entrepris de réparer deux de ses toiles qu'il avait déchirées et qui ne savait pas quoi employer pour encoller ses pièces de toile; enfin, à cette charmante famille qui souhaitait avoir des informations sur les études en conservation-restauration pour leur aîné actuellement en terminale et que j'ai aiguillée au mieux, en proposant à ce jeune homme de me contacter lorsqu'il aurait un stage à effectuer en entreprise.

Cette journée m'a aussi permis de retrouver d'anciens contacts:
Pierre-Gilles Girault, conservateur du Château royal de Blois qui a fait une très belle conférence, un architecte des bâtiments de France avec lequel j'ai collaboré il y a quelques années sur plusieurs interventions, et de charmantes personnes que j'ai côtoyées lors de mes différents chantiers et que j'ai eu plaisir à revoir.


Pour conclure, je pense qu'il est important de sensibiliser les gens aux métiers du patrimoine, et notamment au mien que je fais avec passion, que ce soit un public nombreux, ou quelques personnes, afin de générer de l'intérêt, de l'implication, des vocations...

mardi 30 novembre 2010

Les 10 ans du Val de Loire au patrimoine mondial de l'UNESCO

Samedi prochain je serai présente pour fêter cet anniversaire, lors du grand forum des acteurs du Val de Loire.
Nous pourrons donc échanger passion-patrimoine lors de votre visite!
Une grande journée "vivre au quotidien dans un paysage exceptionnel" est organisée par la Mission du Val de Loire au Vinci à Tours (37), le 4 décembre donc, de 10 heures à 18 heures.



Vous pourrez rencontrer des associations, établissements culturels et patrimoniaux, collectivités, artistes, photographes, éditeurs, métiers de la préservation du patrimoine ...


Trois expositions, des projections, des lectures, une table ronde, des conférences, dont "les châteaux du Val de Loire, l'invention de l'architecture de la Renaissance en France", par Pierre-Gilles Girault, conservateur au château royal de Blois et historien d'art...


 ...ou encore "la renaissance des troglodytes: modes d'emploi pour vivre au plus près de la pierre", par B. Tobie et B. Duquoc, et "l'architecture contemporaine du Val de Loire", par R. Eugène...


Samedi 4 décembre, de 10 h à 18 h
Le Vinci de Tours (37)
Entrée gratuite...  Venez nombreux!!!

lundi 29 novembre 2010

C'est clair...No comment!

" J'ai vu en mon temps cent artisans, cent laboureurs, plus sages et plus heureux que des recteurs de l'université."  ~Montaigne~


Lisez l'excellent article d'Isabelle Rambaud publié le 25 novembre 2010 sur son blog incontournable, il rejoint mes dernières pensées:


vendredi 26 novembre 2010

Tout sur ma démarche...

Conservation préventive, restaurations, interventions d'urgences, 
dé-restaurations (si!si!), j'en vois de toute les couleurs. 
Après une petite intervention, j'ai envie de faire le point...





Sans Cesare Brandi, la restauration moderne ne serait pas.
Sa "Teoria del restauro" a influencé la charte de Venise qui officialise la conduite adoptée par les restaurateurs d'oeuvres d'art et de monuments. 
Pour lui, la restauration doit s'opposer à l'empirisme: impossible de restaurer une oeuvre sans réfléchir à son sens historique, à l'unité esthétique de la pièce, et à son effet sur le spectateur.




C'est dans cet esprit que "j'adopte" quelques temps une oeuvre, qu'elle soit monumentale ou "petit format". 
Je ne lui donne pas de l'importance par rapport à sa valeur, mais par rapport à son histoire, à son impact sur mon regard et mon ressenti, et aux sentiments que son propriétaire ou le public a envers elle.
Je suis un "artisan-réparateur", une chirurgienne de la peinture, pas l'illustre membre d'une élite, car mon métier est avant tout manuel, même si bien entendu il me faut me poser les bonnes questions face à une oeuvre, faire des recherches historiques et iconographiques comme le conseille Brandi.
Mais il spécifie aussi clairement que nous devons être au service de l'oeuvre.
J'ai du mal à concevoir justement l'empirisme de certains de mes confrères, qui intellectualisent à outrance notre démarche: nous ne sommes pas des artistes, nous ne créons pas lorsque nous restaurons; nous ne sommes pas non plus conservateurs au sens scientifique du terme, enfin pas seulement... La théorie pure doit laisser place à la technique dès lors que nous nous trouvons face au bien que nous nous engageons à préserver: l'humilité doit tenir notre main.
Assez du professionnalisme de l'intellectuel et du virtuel, à quand le retour des vrais chantiers-école et de l'apprentissage???
Assez aussi des produits éco-toxiques et nocifs, saturés de résines, utilisés généralement car faciles d'utilisation: pas de préparation trop longue et pas trop d'efforts physiques pour restaurer, pas de perte de temps...
Assez des restaurations abusives, des retouches qui saturent les oeuvres et du même fait les dénature...
Assez enfin des mauvaises interventions faites sans connaissance ni du support, ni de la technique picturale, ni de leurs pathologies car sans expérience professionnelle...

Alors, pour conclure, je récapitule:
Je restaure parce que je veux soigner une oeuvre qui souffre, qui se dégrade.
Je conserve parce que je souhaite qu'un bien soit protégé des attaques du temps et continue de vivre.
Je préserve pour que les générations futures aient la chance de poser leurs yeux sur leur passé, leur patrimoine, s'en nourrissent et s'en inspirent pour construire leur avenir...
Je respecte la déontologie parce que c'est moi qui suis au service de l'oeuvre et non l'inverse...




Au delà de la conservation-restauration, je redonne vie à ces oeuvres afin qu'elles aient une seconde chance et que leur histoire continue de s'écrire...



Et s'il m'arrive parfois de créer, c'est pour exprimer ma perception de l'instant présent, transmettre un peu de la mienne, d'histoire...


Enfin je "blogue" afin de faire partager ma passion, mes sentiments, ma vocation "patrimoniale". Avec droiture, sans détours.

dimanche 14 novembre 2010

Salon "L'art au quotidien".

Ce week-end a eu lieu le très beau salon "L'art au quotidien" à Tours.

Voici quelques uns de mes coups de coeur:

Eric Geoffroy et ses luminaires extraordinaires.


Marc Collet et son fauteuil "Vetro", rétro en bois et verre...


Isabelle Blivet, relieuse et restauratrice de livres.



jeudi 11 novembre 2010

La peinture murale.

Parler de la restauration de peintures murales c'est bien, expliquer les différentes techniques auxquelles je suis confrontée, c'est mieux!!!

Définitions:
Peinture murale: terme général utilisé pour les décors peints sur architecture, et dont les techniques sont diverses. On utilise généralement et à tort le terme de fresque pour définir une peinture murale (technique dite "a fresco", application de pigments dans un enduit frais) .
Fresque: technique de peinture consistant à appliquer des pigments d'origine minérale sur un enduit frais (intonaco), afin qu'ils pénètrent dans la masse et soient protégés par le calcin, substance qui durant le séchage migre vers la surface créant une couche protectrice (principre de la carbonatation). La fresque doit donc s'appliquer rapidement, entre la pose de l'enduit et son séchage complet, par zones préalablement établies ( giornata).
Les peintures à fresque sont les plus résistantes au temps et n'ont besoin généralement que d'un protocole de conservation, et donc d'aucune restauration picturale.
Souvent, la technique dite "a secco" vient compléter la fresque, notamment pour marquer les expressions des visages ou créer des plis sur les vêtements des personnages.

Tempera et détrempe: techniques de peinture dont les pigments sont délayés à l'aide de liants en solution aqueuse.

La détrempe est constituée généralement d'une charge (carbonate de calcium = craie), d'un pigment naturel (terre ou autre pigment minéral) et, en plus de l'eau, d'un agglutinant (ex: colle de peau, gomme arabique, caséine, oeuf, etc). Elle laisse un film réversible, c'est-à-dire qu'une fois sec il se dilue à nouveau dans l'eau, ce qui permet de jouer sur les dégradés, les glacis, mais est donc extrêmement fragile et nécessite, lors de sa restauration, une consolidation minutieuse et une retouche picturale.

Peinture à l'huile: technique consistant à mélanger le pigment (naturel ou oxyde) à une huile siccative, permettant d'obtenir une pâte plus ou moins consistante.
Le séchage est long, durant lequel l'huile durcit et "emprisonne" les pigments. On peut avec la peinture à l'huile jouer sur les transparences, les effets de matière, les glacis...
Cette technique, en mural, nécessite de préparer le support,  au gesso, à la détrempe... et la conservation dans le temps se confronte à plusieurs problèmes: l'écaillage de la couche picturale due en général à une mauvaise préparation du support, l'oxydation due à certains pigments instables, les chancis dus aux vernis de finition, les pulvérulences dues aux problèmes d'hygrométrie... Sa restauration est donc longue et minutieuse: enlèvement ou allègement des vernis, consolidations par injection derrière les écailles et brumisation sur les zones pulvérulentes... 
Un moyen d’expression:
La peinture murale  est une expression culturelle de la création humaine à travers l'Histoire. Ces dernières années, avec l'évolution des doctrines de restauration, les spécialistes comme le grand public se sont intéressés à la peinture murale comme témoin de cette Histoire. En effet, avec l'art rupestre, l'homme a laissé trace de son évolution. Au fil des siècles, la peinture murale est devenue partie intégrante de l'architecture, soit pour un souci de mise en valeur du monument, dans un but purement décoratif, soit pour instruire les fidèles comme on peut le voir dans les églises dès l'époque romane.
Les techniques utilisées pour la réalisation de cet art varient énormément selon les pays et les époques.
Voici les principales techniques rencontrées:
     Technique                      Support                         Principe
       Fresque                     Sur enduit frais               Carbonatation 
     Fresque pure (fresco)                     Enduit à base de chaux                    Pigments mélangés à l'eau
                                                               (Ca OH2) 
         Fresque à chaux                              Enduit à base de chaux                   Pigments + eau de chaux 

     Techniques à sec              Supports divers          Pigments, oxydes + liant                                                                                                          
       Peinture à la chaux                         Enduit de chaux sec,                      Pigments et lait de chaux  
        (a secco)                                         gypse...                                         sur enduit remouillé
        Tempera, détrempe                        Chaux, pierre, plâtre,                     Pigments + liants organiques:
                                                              bois...                                            colles animales, oeuf,
                                                                                                                   gommes végétales, caséine...
       Huile                                             Chaux, plâtre, toile,                        Pigments et huile de lin, 
                                                              bois, pierre...                                 d'oeillette, de noix ...

Exemples:
Saint-Jacques -des-Guérets, fresque, XIIème s.

Notre-Dame d'Yron, technique mixte fresque et détrempe XIIIème s.

Maison Florent Tissard, détrempe XVIème s.

Chapelle Saint-Hubert, technique mixte détrempe et huile, XVIIème s.